Combien de cas d'usage faut-il abandonner
CadrageDécisionMéthodeTerrain2025-04-158 min
Sur cinq cas d'usage présentés en cadrage, j'en retiens deux au plus. Écarter les trois autres est la partie du travail qui rapporte le plus.
Le chiffre, et ce qu'il signifie
Sur les cadrages que j'ai menés depuis trois ans, la proportion est stable : sur cinq cas d'usage identifiés au départ, deux au plus méritent d'être construits.
Ce n'est pas un signe que les organisations formulent mal leurs besoins. C'est le fonctionnement normal d'un cadrage : la liste initiale est produite avant qu'on ait regardé les données, les processus et les contraintes. Elle est faite pour être réduite.

Les cinq motifs d'élimination, par fréquence
- Le résultat n'est pas vérifiable. Personne ne peut dire si une réponse est bonne. Sans juge, pas de mesure, donc pas de projet.
- La donnée n'existe pas sous une forme exploitable. Elle est dans des têtes, dans des courriels, ou dans un format que personne ne veut reprendre.
- Le volume est trop faible. Une tâche faite trois fois par mois ne justifie pas un système à maintenir.
- Aucun propriétaire métier ne se lève. Le cas intéresse tout le monde et n'engage personne.
- Le coût de l'erreur est supérieur au gain. C'est rare, mais c'est net quand ça arrive, et cela clôt la discussion.
Pourquoi écarter tôt rapporte autant
Un cas d'usage non viable ne s'arrête pas de lui-même. Il consomme deux à trois trimestres avant que quelqu'un accepte de le dire, et il occupe pendant ce temps des équipes internes, un budget, et surtout la fenêtre d'attention de la direction.
Écarter en deuxième semaine plutôt qu'en huitième mois est donc l'essentiel de la valeur d'un cadrage. C'est aussi la partie la moins facile à vendre, parce qu'elle ne produit rien de visible.
La façon d'annoncer un refus
Ne jamais dire « ce n'est pas faisable ». Dire ce qui manque, et à quelle condition ce serait faisable : « il faudrait que quelqu'un puisse dire si la réponse est bonne, et aujourd'hui personne ne le peut ». Le cas est écarté et il reste rouvrable, souvent, l'organisation revient six mois plus tard avec la condition remplie.
Ce que deviennent les cas écartés
Une partie revient, et c'est l'intérêt de les documenter plutôt que de les enterrer.
Je tiens une liste des cas écartés avec le motif précis. Elle sert deux fois : elle évite de refaire le même débat six mois plus tard, et elle indique à l'organisation ce qu'elle gagnerait à corriger, un référentiel à tenir, un propriétaire à nommer, une donnée à structurer.
Cette liste est souvent le livrable de cadrage le plus consulté, alors qu'elle ne décrit que ce qu'on n'a pas fait.
Le motif d'élimination qui est monté depuis
Le corpus indisponible ou désordonné est devenu le premier motif d'écartement, devant l'absence de propriétaire métier. C'est le déplacement observé sur trois ans.
La raison est que les autres obstacles se sont allégés : les modèles sont meilleurs, les coûts ont baissé, l'intégration est plus simple. Le corpus, lui, n'a pas bougé.
Un cas d'usage dont personne ne sait dire quels documents font autorité coûte trois fois plus qu'un cas équivalent sur une base tenue, et cet écart ne se voit pas au cadrage. Le raisonnement complet figure dans le corpus est le projet.
Ce qui remplace un cas écarté
Un cas écarté au cadrage doit être remplacé par une action concrète, sinon l'exercice est vécu comme un refus. C'est ce qui fait accepter la sélection.
Trois issues sont utiles. Le cas est reporté avec une condition explicite, « quand le référentiel produit sera versionné ». Le cas est réduit à une portion traitable, non pas tout le processus, mais l'étape de vérification. Ou le cas est renvoyé vers une solution non-IA, ce qui est parfois la bonne réponse.
Cette troisième issue est la plus mal reçue et souvent la plus juste : un problème de règle métier se traite par une règle, pas par un modèle probabiliste. C'est une application directe de agent ou simple appel.
Pourquoi écarter tôt protège le projet retenu
Une équipe qui poursuit cinq cas simultanément n'en livre aucun, parce que l'attention et les arbitrages se diluent. C'est l'argument qui convainc le plus en comité.
Chaque cas d'usage mobilise un propriétaire métier, un corpus, un jeu de tests et un dispositif de supervision. Ces quatre éléments ne se mutualisent pas : ils sont propres à chaque cas.
Deux cas menés jusqu'à la production valent mieux que cinq prototypes, et ils produisent la confiance nécessaire pour élargir ensuite. Les traits communs aux systèmes qui aboutissent sont détaillés dans agents en entreprise : où s'arrêtent les projets.
Questions fréquentes
- Pourquoi écarter autant de cas d'usage ?
Parce qu'une équipe qui poursuit cinq cas simultanément n'en livre aucun. Chaque cas mobilise un propriétaire, un corpus, un jeu de tests et une supervision, et ces éléments ne se mutualisent pas.
- Quel est le premier motif d'élimination ?
Le corpus indisponible ou désordonné. Les autres obstacles se sont allégés avec le temps, modèles meilleurs, coûts plus bas, mais l'état du corpus n'a pas bougé.
- Comment annoncer un refus ?
En le remplaçant par une action : un report avec condition explicite, une réduction à une portion traitable, ou un renvoi vers une solution non-IA. Un refus sans issue est vécu comme un blocage.
- Un cas écarté revient-il plus tard ?
Souvent, et c'est sain : la condition qui le bloquait est levée, le référentiel a été versionné, un propriétaire a été nommé. C'est pourquoi la condition doit être écrite au moment de l'écartement.