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Soutenir une thèse en IA et déployer en entreprise

RechercheDoctoratParcoursMéthode2025-09-308 min

J'ai soutenu ma thèse le 26 septembre 2025. Ce que trois ans de recherche changent dans la façon de déployer, et ce qu'ils ne changent pas du tout.

Une date, et une question qu'on me pose souvent

J'ai soutenu ma thèse de doctorat le 26 septembre 2025 à l'Université Grenoble Alpes, en signal, image, parole et télécommunications. Elle portait sur des méthodes d'apprentissage profond pour l'identification et la quantification en temps réel de particules en suspension dans l'air, par imagerie.

La question qui revient est simple : à quoi ça sert, quand on déploie de l'IA générative en entreprise. C'est une question légitime, parce que le sujet de la thèse n'a aucun rapport direct avec les modèles de langage.

Une date, et une question qu'on me pose souvent

Ce que ça n'apporte pas

Commençons par là, parce que c'est la partie honnête.

Un doctorat n'apprend ni à conduire un projet, ni à parler à une direction, ni à faire adopter un outil par des gens qui n'ont rien demandé. Il n'apprend pas non plus à arbitrer un budget, ni à travailler sous la contrainte d'une date. Sur ces terrains, un ingénieur avec cinq ans de production est meilleur qu'un docteur qui sort du laboratoire, et il n'y a rien de vexant à le dire.

J'ai vu des thésards excellents produire des systèmes inutilisables, pour des raisons qui n'avaient rien à voir avec leur niveau technique.

Ce que ça apporte, précisément

  • Savoir ce qu'un chiffre mesure. Une publication annonce un gain sur un banc d'essai. La question réflexe devient : sur quelles données, contre quelle référence, avec quelle variance.
  • Reconnaître une limite structurelle. Certains problèmes ne se règlent pas par plus de données ou un modèle plus gros. Savoir lesquels évite des trimestres perdus.
  • Distinguer un progrès d'un réglage. Beaucoup d'annonces décrivent une optimisation qui ne transfère pas hors de son contexte d'évaluation.
  • Construire un protocole. C'est exactement ce qu'est un jeu de tests métier : un protocole d'évaluation, avec ses biais assumés.
  • Dire « on ne sait pas ». La recherche l'enseigne par la pratique. En entreprise, c'est une phrase rare et précieuse.

Le transfert le plus utile

C'est l'exigence de mesure. Trois ans passés à devoir justifier chaque chiffre devant un jury laissent une habitude : ne pas conclure sans protocole.

Appliqué au déploiement, cela donne le réflexe que je décris dans presque tous mes articles, constituer un jeu de tests avant de développer, le rejouer à chaque changement, refuser de trancher à l'impression. Ce n'est pas une méthode que j'ai apprise en entreprise ; c'est une déformation professionnelle qui s'est trouvée utile.

L'autre transfert est la lecture critique. Le volume d'annonces dans ce domaine est tel que la capacité à écarter rapidement ce qui ne tiendra pas est devenue un avantage économique direct.

La chose que je fais différemment des équipes que je rejoins

Je passe plus de temps que la moyenne sur le protocole d'évaluation, et moins sur le choix du modèle. C'est contre-intuitif quand on arrive, et c'est ce qui fait gagner du temps au troisième mois.

Pourquoi je ne suis pas resté au laboratoire

Parce que la question qui m'intéresse n'est pas de savoir jusqu'où un modèle peut aller, mais ce qui se passe quand on le met entre les mains de gens qui ont un travail à faire.

Cette question ne se traite pas depuis un laboratoire. Elle se traite en s'installant dans l'organisation, en regardant le travail se faire, et en construisant avec ceux qui le font. C'est la définition du métier que j'exerce, et j'en parle dans Forward Deployed Engineer : le métier, pas le titre.

Le transfert le plus utile, précisé

Savoir construire un protocole de mesure sur une question mal définie : c'est la compétence qui se transfère le mieux, et elle est rare en entreprise. Elle porte sur la démarche, jamais sur le domaine.

La question posée en entreprise ressemble à une question de recherche : « est-ce que ce système est bon ». Elle n'est pas mesurable telle quelle. Le travail consiste à la décomposer en questions vérifiables, à définir ce qui compte comme succès, et à construire l'échantillon.

C'est exactement ce qu'un jeu de tests formalise, et c'est pourquoi je le pose en premier livrable, la méthode figure dans construire un jeu de tests en une journée.

Ce que la recherche n'apprend pas

Elle n'apprend ni à arbitrer sous contrainte de temps, ni à écarter un cas d'usage, ni à tenir un système en exploitation. Ces trois compétences s'acquièrent sur le terrain et rien ne les remplace.

Un travail de recherche autorise l'exhaustivité et récompense la profondeur. Une mission impose de trancher avec une information incomplète, de renoncer à ce qui n'aboutira pas, et de livrer quelque chose qui tienne sans son auteur.

Cette dernière exigence est la plus étrangère à la formation par la recherche, et c'est celle qui décide de l'utilité réelle d'une intervention. Elle est développée dans les trois gestes qui font tenir un système.

Pourquoi je ne recommande pas le titre comme critère de recrutement

Ce qui distingue un profil utile est sa capacité à écarter un cas d'usage et à construire une mesure, et ces deux compétences ne sont indiquées par aucun diplôme. Le titre ne les prédit pas.

J'ai rencontré d'excellents ingénieurs sans formation par la recherche qui possédaient les deux, et des docteurs qui n'avaient jamais eu à renoncer à un sujet.

Les questions qui les révèlent en entretien sont simples : quel projet avez-vous arrêté et pourquoi, et comment sauriez-vous que ce système fonctionne. Elles sont détaillées dans recruter un profil IA : ce qu'il faut chercher.

Questions fréquentes

Que transfère un travail de recherche à un déploiement ?

La capacité à construire un protocole de mesure sur une question mal définie : décomposer en questions vérifiables, définir le succès, constituer l'échantillon. C'est exactement ce qu'un jeu de tests formalise.

Qu'est-ce que la recherche n'apprend pas ?

À arbitrer sous contrainte de temps, à écarter un cas d'usage, et à livrer quelque chose qui tienne sans son auteur. Ces trois compétences s'acquièrent sur le terrain.

Faut-il un docteur pour un projet d'IA en entreprise ?

Non. Ce qui distingue un profil utile est sa capacité à écarter un cas d'usage et à construire une mesure, et aucun diplôme ne les prédit.

Le titre change-t-il la relation avec les équipes ?

Marginalement, et pas toujours en bien : il peut créer une distance là où le travail exige d'être au même niveau que l'équipe. Ce qui compte est ce qu'on livre, pas ce qu'on annonce.