PhotoCraft est un éditeur d’images open source écrit en Rust, publié sur GitHub par l’équipe ArtCraft et présenté par ses auteurs comme une réimplémentation « clean-room » de Photoshop. Le dépôt a été créé le 30 septembre 2026 et s’est installé dans les tendances GitHub début octobre. Calques, masques, calques de réglage, filtres, ouverture et réenregistrement de fichiers PSD : le périmètre annoncé est celui d’un outil professionnel, au stade alpha, sous double licence MIT ou Apache-2.0.
Le projet révèle surtout ceci : réécrire un logiciel de référence à partir de sa documentation publique et de son comportement observable devient nettement plus rapide quand on dispose d’un corpus de tests d’équivalence et d’agents capables de boucler dessus. Reste à savoir ce qu’il faut vérifier, et ce que cela change pour une DSI.
Qu’est-ce que PhotoCraft, selon ce que publient ses auteurs ?
PhotoCraft est un éditeur d’images natif et hors ligne, écrit en Rust, que son README décrit comme une réimplémentation de Photoshop conçue à partir de spécifications publiques et du comportement observé, sans code, shaders ni ressources propriétaires.
Le README annonce des groupes de calques, des masques pixel et vectoriels, seize types de calques de réglage (Courbes, Niveaux, Teinte/Saturation…), 27 modes de fusion, des styles de calque, des filtres avec aperçu en direct, du texte, des vecteurs et la lecture comme l’écriture des formats PSD et PSB. L’application vise macOS, Windows, Linux, FreeBSD et le navigateur via WebAssembly. Les fonctions d’IA générative sont absentes.
Les auteurs revendiquent plus de 1 700 tests et indiquent que 307 des 309 fichiers du corpus psd-tools conservent leur rendu après réenregistrement. Ce sont leurs affirmations, que je n’ai pas reproduites. L’API GitHub affichait 55 744 étoiles et 9 346 forks le 13 octobre 2026, et la page des releases indiquait une version v0.8.2 publiée le 12 octobre 2026, alors que la page produit d’ArtCraft affichait encore la 0.7.0 le même jour.
Le dépôt contient une section « Built for agents » : chaque action est une commande d’un registre de plus de 500 entrées, accessible par l’interface, une CLI, un canal JSON et un serveur MCP (voir ce que le protocole MCP rend possible). Un fichier AGENTS.md s’adresse « aux agents IA et aux contributeurs » et organise le travail d’agents en parallèle. En revanche, le dépôt n’affirme pas que le code existant a été écrit par des agents. Des articles secondaires l’attribuent à un modèle d’IA, sans confirmation dans le projet : le lien avec les agents de code développé plus bas est une analyse.
Qu’est-ce qu’une conception en salle blanche ?
Une conception en salle blanche sépare ceux qui observent le logiciel d’origine de ceux qui écrivent le nouveau code, pour que rien ne passe de l’un à l’autre sauf une description fonctionnelle.
L’exemple fondateur date des années 1980. Pour vendre un BIOS compatible avec l’IBM PC sans copier celui d’IBM, Phoenix Technologies a organisé deux équipes : la première étudiait le BIOS d’origine et rédigeait une spécification de son comportement, la seconde, composée de personnes n’ayant jamais lu le code d’IBM, écrivait l’implémentation à partir de cette seule spécification. La séparation, documentée, servait de preuve : un code écrit par des gens qui n’ont jamais vu l’original ne peut pas en être une copie.
PhotoCraft en revendique l’esprit. Son AGENTS.md indique que l’équipe a étudié Photoshop et d’autres éditeurs pour leur comportement et leur apparence seulement, interdit de copier code, shaders, profils ou ressources, et liste les sources autorisées : la spécification PSD d’Adobe, les profils ICC, les modes de fusion de la norme ISO 32000, des articles publiés et l’observation.
Une règle écrite n’est pas une séparation démontrée. La salle blanche historique documente qui a vu quoi, et à quel moment. Le dépôt énonce une interdiction ; à ma connaissance, aucun audit externe n’a vérifié son application. L’analyse juridique côté européen est traitée dans l’article rétro-ingénierie logicielle : ce que le droit autorise.

Pourquoi les agents de code accélèrent-ils ce type de projet ?
Les agents de code accélèrent la réimplémentation parce qu’elle se ramène à un problème qu’ils traitent bien : modifier du code jusqu’à ce qu’un test d’équivalence passe.
Réimplémenter un logiciel existant, c’est disposer d’une cible extérieure. L’original produit une sortie, la copie doit produire la même. PhotoCraft formalise cette cible : un compositeur CPU sert de référence et est testé contre le compositeur GPU, et un « oracle de composition » compare le rendu du projet à l’image fusionnée que Photoshop enregistre dans le fichier. Un agent peut alors boucler seul : écrire, rendre, comparer, corriger.
Le deuxième facteur est le découpage. Un registre de commandes et 24 crates découpent le logiciel en unités testables isolément, et AGENTS.md réserve des répertoires distincts à chaque agent travaillant en parallèle. Le troisième est la spécification : quand l’éditeur d’origine publie la description de son format, la moitié du travail de l’équipe qui observe est déjà faite.
Ce constat rejoint ce que j’observe sur la rétro-ingénierie assistée par agent et sur la modernisation d’un logiciel ancien sans documentation. La partie coûteuse n’est plus l’écriture du code, c’est la constitution du corpus de référence. Sur ce point, la méthode décrite dans construire un jeu de tests en une journée s’applique directement.

Que faut-il vérifier avant de croire à l’équivalence ?
L’équivalence se vérifie sur trois points : la fidélité au format PSD sur vos propres fichiers, la profondeur réelle de la couverture fonctionnelle et la stabilité d’une version à l’autre.
Adobe publie une spécification du format Photoshop, et PhotoCraft déclare s’en servir. Une spécification ne couvre pourtant pas tout ce que contiennent les fichiers réels. Le README le reconnaît : un fichier réenregistré n’est pas identique octet par octet à sa source, la mesure porte sur le rendu. Un corpus public ne ressemble pas forcément aux fichiers d’un service marketing, avec leurs polices et leurs profils colorimétriques.
La couverture se mesure au comportement, pas aux menus. AGENTS.md précise lui-même que la liste des menus n’est pas une mesure du comportement. Les chiffres bougent vite : le README parle de 15 outils manquants, la feuille de route consultée le 13 octobre 2026 de 12 sur 68. Toute mesure doit être datée.
| Point à vérifier | Ce que disent les auteurs | Ce qu’il faut tester soi-même |
|---|---|---|
| Fidélité PSD | 307 fichiers sur 309 du corpus psd-tools | Un échantillon de vos fichiers, ouvert et réenregistré |
| Couverture | Parité suivie dans un document dédié | Les dix opérations les plus fréquentes de vos équipes |
| Régressions | Plus de 1 700 tests | Votre corpus rejoué à chaque nouvelle version |
Les régressions sont le risque propre aux projets rapides. Cinq versions ont été publiées entre le 7 et le 12 octobre 2026, et la feuille de route mentionne 579 tickets ouverts par les utilisateurs des versions 0.5 et 0.6. Une cadence produite par des agents demande un jeu de non-régression que l’on possède soi-même, comme pour migrer un agent sans régression.
Que dit le droit américain sur la réutilisation des interfaces ?
Aux États-Unis, l’arrêt Google LLC v. Oracle America de 2021 a jugé que la reprise de déclarations d’interface relevait de l’usage loyal dans les circonstances de l’espèce, sans trancher leur protection par le droit d’auteur.
Le 5 avril 2021, la Cour suprême des États-Unis a statué par six voix contre deux. Google avait repris environ 11 500 lignes de déclarations de l’interface de programmation Java SE pour Android. La Cour a supposé, sans le décider, que ce code était protégeable, et a conclu que sa reprise constituait un fair use.
Cette décision est américaine, elle porte sur des interfaces de programmation et repose sur un examen au cas par cas. Elle ne dit rien d’un format de fichier, d’une interface graphique ni du droit des marques. PhotoCraft cite Photoshop dans sa présentation ; le README précise que les marques Adobe ne sont pas affiliées au projet.
Le droit européen suit une autre logique, fondée sur des exceptions précises : elle est détaillée dans ce que le droit autorise en rétro-ingénierie. Pour le code produit par un modèle, voir aussi ce qu’on a le droit de livrer. Cette section n’est pas un conseil juridique.
Qu’est-ce que cela change pour une DSI ?
Pour une DSI, PhotoCraft compte moins comme remplaçant de Photoshop que comme signal : le coût de sortie d’un logiciel propriétaire baisse dès que son format est documenté et son comportement observable.
Le premier effet porte sur la dépendance et les licences. Un parc de postes équipés pour des retouches simples, des conversions ou des traitements par lots ne demande pas toujours l’outil complet. Une alternative ouverte, pilotable en ligne de commande, peut couvrir ces usages secondaires, à condition de mesurer ce qu’elle couvre réellement.
Le deuxième porte sur la réversibilité. L’actif durable est le format, pas l’outil. Des fichiers lisibles par au moins deux implémentations indépendantes laissent la main à l’organisation. Même logique pour les modèles d’IA : voir l’arbitrage entre modèles ouverts et souveraineté.
Trois questions permettent de cadrer l’inventaire :
- Quels formats propriétaires portent des données que l’organisation doit relire dans dix ans ?
- Lesquels disposent d’une spécification publique et d’au moins une implémentation indépendante ?
- Quels traitements répétitifs gagneraient à passer par une interface pilotable, avec un périmètre de droits défini ?
L’effet joue aussi dans l’autre sens : un logiciel métier observable devient plus facile à réimplémenter par un concurrent.
Quelles sont les limites de PhotoCraft aujourd’hui ?
PhotoCraft est un alpha : ses auteurs écrivent eux-mêmes qu’il ne remplace pas encore Photoshop pour un travail professionnel quotidien.
Le README cite parmi les manques l’IA générative, une partie des outils, la profondeur de la typographie et des flux professionnels, et la compatibilité avec les plug-ins. La feuille de route conditionne le passage en bêta à un niveau de préparation d’environ 75 % et à l’absence de manque bloquant sur le PSD, et indique que l’IA et les plug-ins attendent encore des décisions du responsable du projet.
Le support est l’autre limite : aucun contrat de maintenance n’accompagne le projet. Le site photocraft.one n’identifie pas d’entité juridique et affiche une mention d’essai gratuit de quatorze jours difficile à concilier avec un logiciel libre, alors que la page d’accueil déclarée par le dépôt se trouve sur le domaine d’ArtCraft. Les binaires se récupèrent donc de préférence depuis les releases GitHub du dépôt.
La démarche raisonnable reste un pilote limité : un échantillon de fichiers internes, une liste d’opérations, une mesure datée, puis une décision. Pour évaluer ce que les agents de code permettent de réimplémenter ou de moderniser dans votre propre parc, un audit IA pose ce cadre avant tout engagement.
Questions fréquentes
PhotoCraft est-il gratuit ?
Oui selon son dépôt : le code est publié sous double licence MIT ou Apache-2.0, au choix de l’utilisateur.
PhotoCraft ouvre-t-il les fichiers PSD ?
Le README annonce l’ouverture, la modification et le réenregistrement des fichiers PSD et PSB, avec un rendu conservé sur 307 des 309 fichiers du corpus psd-tools. Le seul test probant reste un échantillon de vos propres fichiers.
PhotoCraft a-t-il été écrit par une IA ?
Le dépôt ne l’affirme pas. Il contient un fichier AGENTS.md qui encadre le travail d’agents IA et de contributeurs, et expose un serveur MCP pour piloter l’éditeur. Des articles secondaires attribuent le code à un modèle d’IA, sans confirmation dans le projet.
Qu’est-ce que le clean room reverse engineering ?
C’est une méthode de réimplémentation où une équipe décrit le comportement du logiciel d’origine et une autre, qui n’a jamais vu son code, écrit le nouveau programme à partir de cette seule description.
Une réimplémentation en salle blanche est-elle légale ?
Cela dépend du pays, de ce qui est repris et de la manière. Aux États-Unis, l’arrêt Google v. Oracle de 2021 a admis la reprise de déclarations d’interface au titre de l’usage loyal dans ce cas précis. Le droit européen suit d’autres règles. Ce n’est pas un conseil juridique.
Peut-on remplacer Photoshop par PhotoCraft en entreprise ?
Pas pour un usage professionnel quotidien à ce stade, de l’aveu même des auteurs. Un pilote sur des usages secondaires, avec un corpus interne, permet de juger sans engager la production.
Sources
Analyse et méthode proposées par Anand Candassamy au 13 octobre 2026.
