Sanctions de l'AI Act : ce qui devient exigible
AI ActConformitéRisqueGouvernance2025-08-058 min
Le régime de sanctions s'applique depuis le 2 août 2025. Mais l'exposition la plus courante n'est pas l'amende : c'est l'incapacité à répondre dans un délai contraint.
Ce qui s'applique depuis août 2025
Le régime de sanctions et le volet gouvernance du règlement européen sur l'IA sont applicables depuis le 2 août 2025, en même temps que les obligations relatives aux modèles d'usage général.
Les montants sont indexés sur le chiffre d'affaires mondial de l'entreprise, et non sur le budget du projet concerné. C'est le point qui frappe les directions quand on le leur présente : un système développé pour quelques dizaines de milliers d'euros peut exposer à une sanction sans commune mesure avec son coût.

Mais ce n'est pas l'exposition principale
Depuis un an, je n'ai vu aucune de mes organisations clientes faire l'objet d'un contrôle. En revanche, j'en ai vu plusieurs perdre du temps, et parfois un marché, pour une raison beaucoup plus prosaïque.
Un grand compte, un assureur ou un investisseur demande, dans le cadre d'une revue, la liste des systèmes d'IA exploités, avec leur finalité et leur niveau de risque. Le délai de réponse est court. L'organisation qui n'a pas tenu de registre découvre alors qu'elle ne sait pas répondre, non par mauvaise volonté, mais parce que l'inventaire n'a jamais été fait.
C'est cette exposition-là qui se matérialise aujourd'hui, et elle ne passe par aucun régulateur.
Le minimum que je fais tenir à toute organisation
- Un registre, même sommaire : un système par ligne, sa finalité, qui l'utilise, quelles données, fournisseur ou déployeur, niveau de risque retenu.
- La justification du niveau en deux phrases. C'est ce qui sera discuté, pas le niveau lui-même.
- La preuve de littératie : qui a été formé, quand, sur quoi.
- Le shadow IA repéré : les outils adoptés par une équipe sans validation, et les fonctions IA activées par défaut dans des logiciels déjà en place.
Le shadow IA est le trou le plus courant
Quand je fais l'inventaire avec une organisation, la liste initiale fournie par la DSI est presque toujours incomplète de moitié.
Manquent : les assistants intégrés aux suites bureautiques, activés par une mise à jour ; les outils souscrits par une direction métier sur sa propre carte ; les extensions de navigateur ; et les automatisations montées par une personne compétente dans un coin, qui fonctionnent très bien et que personne n'a documentées.
Ce dernier cas est le plus délicat, parce que l'outil est souvent utile. Le traiter comme une faute décourage exactement les gens qu'il faudrait impliquer.
Ce qui est disproportionné, et ce qui ne l'est pas
Monter une gouvernance lourde pour trois usages internes à faible enjeu est disproportionné. Ne pas savoir dire quels systèmes d'IA on exploite ne l'est pas : c'est une question à laquelle toute organisation devrait pouvoir répondre en une journée, indépendamment de toute réglementation.
Ce qui a suivi
Le calendrier des systèmes à haut risque a été déplacé par le règlement omnibus de juillet 2026. Ce report a été lu par beaucoup comme un répit ; il ne l'est pas, et c'est le sujet de l'omnibus ne solde rien.
Ce que l'inventaire fait apparaître à chaque fois
Le shadow IA n'est pas une dissimulation mais une absence de qualification : des systèmes utiles, utilisés quotidiennement, que personne n'a jamais appelés « projets ». C'est le trou le plus courant et le plus facile à combler.
Les découvertes habituelles sont d'un genre précis : un assistant créé par une équipe métier et devenu quotidien, un script d'enrichissement branché sur une base, une automatisation ajoutée dans un outil de gestion.
L'inventaire qui les révèle coûte une demi-journée : factures des fournisseurs, clés d'API émises, et une question posée à chaque équipe. La méthode complète figure dans préparer un contrôle de conformité en deux semaines.
Le minimum qui tient en une semaine
Un inventaire, une fiche d'une page par système, et la journalisation activée : ces trois éléments constituent une réponse défendable. Ils ne demandent ni service dédié ni budget particulier.
La fiche décrit finalité, données, décision servie, supervision et date de revue. Elle est rédigée par l'équipe qui a construit le système, en une heure, sur un modèle commun.
La journalisation est la seule urgence réelle : ce qui n'est pas tracé aujourd'hui ne sera jamais reconstituable. Son contenu minimal et son ordre de priorité figurent dans ce qui doit exister avant l'échéance.
L'exposition qui coûte le plus, en pratique
Ne pas pouvoir répondre dans un délai raisonnable coûte plus cher, en temps et en crédibilité, que le montant d'une sanction théorique. C'est le point que je fais valoir en comité.
Une organisation qui met deux mois à établir la liste de ses systèmes, à retrouver qui les a construits et à documenter ce qu'ils font mobilise des dizaines de personnes sur un travail sans valeur ajoutée.
La même organisation, avec un registre tenu au rythme trimestriel, répond en une semaine. L'écart est de plusieurs semaines-personnes par exercice, et il se réduit à quatre heures par an de rendez-vous, comme décrit dans écrire la fiche d'un système d'IA.
Questions fréquentes
- L'amende est-elle l'exposition principale ?
Non. L'exposition la plus courante est l'incapacité à répondre dans un délai raisonnable, qui mobilise des dizaines de personnes pendant des semaines sur un travail sans valeur ajoutée.
- Qu'est-ce que le shadow IA, concrètement ?
Des systèmes utiles et quotidiens que personne n'a jamais qualifiés de projets : un assistant créé par une équipe métier, un script branché sur une base, une automatisation dans un outil de gestion.
- Quel minimum mettre en place ?
Un inventaire, une fiche d'une page par système, et la journalisation activée. Ces trois éléments ne demandent ni service dédié ni budget particulier et tiennent en une semaine.
- Comment éviter de refaire ce travail ?
Par un rendez-vous trimestriel d'une heure : nouveaux systèmes et leurs fiches, fiches dont la finalité a dérivé, systèmes arrêtés à retirer. Quatre heures par an.