Trois familles, et rien de technique
Les questions que posent les dirigeants se rangent en trois familles : ce que ça coûte, ce que ça engage, et qui le tient. Aucune ne porte sur le fonctionnement des modèles, et c'est une bonne nouvelle.
J'ai relevé ces dix questions sur deux promotions d'un bootcamp d'entrepreneurs et une série de comités de direction. Elles reviennent dans le même ordre, quel que soit le secteur.
Les réponses tiennent en quelques lignes chacune. Leur brièveté n'est pas de la simplification : ce sont des questions de décision, et une décision se prend sur un critère, pas sur un exposé.

Ce que ça coûte
« Combien ça coûte » appelle quatre postes, et celui dont on parle est le plus petit. C'est la réponse qui recadre le plus de discussions.
Les appels au modèle apparaissent seuls sur une facture et pèsent le moins. La préparation du corpus, l'intégration au système existant et l'exploitation courante pèsent chacune davantage, comme détaillé dans où part réellement un budget d'IA.
« Combien de temps avant un résultat » : deux à quatre semaines pour savoir quoi construire, quelques mois pour une mise en service. Une organisation qui promet trois jours vend un prototype.
« Et si les prix montent » : ils baissent, régulièrement, et ce n'est pas le risque. Le risque est le retrait d'une version, qui impose une migration subie. Il se traite par une clause de préavis.
« Faut-il acheter du matériel » : pas avant d'avoir mesuré trois mois d'usage réel. Le calcul complet figure dans modèles ouverts et souveraineté.
Ce que ça engage
- « Est-ce qu'on a le droit » : oui pour la quasi-totalité des usages documentaires. La liste des pratiques interdites est courte et énumérée.
- « Nos données servent-elles à entraîner » : cela dépend de l'offre souscrite, pas du fournisseur. Les offres entreprise l'excluent en général, et cela se contractualise.
- « Que se passe-t-il si le système se trompe » : c'est la question à traiter au cadrage, pas après. Voir ce qu'on ne délègue jamais à un modèle.
- « Faut-il prévenir les utilisateurs » : dès qu'ils peuvent se méprendre sur leur interlocuteur.
Qui le tient
« Qui va s'en occuper » est la question qui décide de l'aboutissement, et c'est la moins posée des trois familles. Elle mérite d'être remontée en tête.
La réponse honnête est qu'il faut une personne nommée, avec quelques heures par mois, capable de trois gestes : lire un journal, rejouer un jeu de tests, décider d'un refus. Aucun ne demande de compétence en apprentissage automatique, et ils se transmettent en une journée. Le détail figure dans les trois gestes qui font tenir un système.
« Faut-il recruter un profil IA » : rarement au démarrage. Ce qui manque est plus souvent quelqu'un qui connaît les documents que quelqu'un qui connaît les modèles.
« Comment savoir si ça marche » : par un jeu de tests construit avant le système, et par la fréquence d'usage à six semaines. Pas par une enquête de satisfaction, qui est toujours bonne et ne prédit rien.
La question qu'ils ne posent pas et qui compte le plus
Personne ne demande dans quel état sont ses documents, et c'est pourtant ce qui décide de la qualité du résultat. C'est la question que j'ajoute systématiquement.
Un corpus tenu, où quelqu'un sait dire quelle version fait autorité, donne des réponses correctes avec un modèle modeste. Un corpus accumulé donne des réponses contradictoires avec le meilleur modèle du marché, parce que les contradictions sont dans les documents.
La question à poser en retour est simple : qui, chez vous, sait dire lequel de ces trois fichiers est le bon ? Si personne ne peut être nommé, le projet commence par là.
C'est le constat le plus constant de tout ce que j'écris, et il est développé dans le corpus est le projet.
La réponse qui vaut pour les dix questions
Rien de ce qui décide ne relève de la technique. Le budget, le périmètre, la responsabilité et l'état des documents se tranchent en comité, avec les personnes qui y sont déjà.
Comment utiliser cette liste
La faire circuler avant le comité plutôt que d'y répondre pendant. Le gain de temps est considérable et la qualité de la discussion change.
Un comité qui découvre ces questions en séance passe son temps à les poser. Un comité qui a lu les réponses deux jours avant passe son temps sur ce qui lui est propre : quel cas d'usage, quel budget, qui le tient.
Je l'utilise aussi comme grille de préparation en début de mission : passer les dix questions avec le commanditaire fait apparaître en une heure ce qui est décidé et ce qui ne l'est pas.
Dans la majorité des cas, deux ou trois restent sans réponse. Ce sont celles-là qui donnent le vrai périmètre de la mission, et c'est le même mécanisme que celui décrit dans combien de cas d'usage faut-il abandonner.
Questions fréquentes
Combien coûte un projet d'IA en entreprise ?
Quatre postes : préparation du corpus, intégration, exploitation, et appels au modèle. Ce dernier, le seul qui apparaisse sur une facture, est le plus petit des quatre.
A-t-on le droit de déployer un assistant documentaire ?
Oui pour la quasi-totalité des usages. La liste des pratiques interdites est courte et énumérée, et elle ne recouvre pas la recherche documentaire ni la productivité.
Faut-il recruter un profil IA pour démarrer ?
Rarement. Ce qui manque est plus souvent quelqu'un qui connaît les documents que quelqu'un qui connaît les modèles. Les gestes d'exploitation se transmettent en une journée.
Comment savoir si le système fonctionne ?
Par un jeu de tests construit avant le système, et par la fréquence d'usage à six semaines. Une enquête de satisfaction est toujours bonne et ne prédit rien.