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Évaluation continue : le chaînon manquant des projets IA

ÉvaluationProductionQualitéMéthode2024-03-199 min

Un système d'IA ne tombe pas en panne : il se dégrade. Sans évaluation continue, la dégradation n'est pas détectée, elle est seulement ressentie.

Un système d'IA ne tombe pas en panne

C'est ce qui le rend difficile à exploiter. Un service classique s'arrête, renvoie une erreur, déclenche une alerte : la panne est un événement.

Un système d'IA générative, lui, continue de répondre. Il répond simplement moins bien. La dégradation n'a pas de signal, et elle se manifeste plusieurs semaines plus tard, sous la forme d'un désengagement des utilisateurs que personne ne relie à une cause technique.

Un système d'IA ne tombe pas en panne

Les quatre événements qui dégradent silencieusement

  • Le fournisseur met à jour son modèle. Le comportement change sans que rien ne bouge chez vous.
  • Quelqu'un retouche un prompt pour corriger un cas particulier, et casse trois cas généraux.
  • Le corpus évolue : de nouveaux documents arrivent, d'autres deviennent obsolètes sans être retirés.
  • L'usage se déplace : les utilisateurs posent des questions différentes de celles anticipées.

Ce qu'est un jeu de tests utile

Ce n'est pas un banc d'essai académique. C'est un fichier de trente à cent cas réels, chacun avec sa question, le contexte attendu et une réponse de référence validée par le métier.

Trois propriétés le rendent utilisable. Il est stable : on n'ajoute pas de cas sans raison, sinon on ne compare plus rien. Il est représentatif : il contient les cas tordus, pas seulement les cas de démonstration. Et il est rejouable en une commande : si l'exécution demande une demi-journée de préparation, elle ne sera pas faite.

Comment on note, quand la réponse est du texte

C'est la difficulté propre à l'IA générative, et il n'existe pas de solution parfaite. En pratique, trois niveaux se combinent bien.

Le premier est factuel et automatique : la réponse cite-t-elle le bon document, contient-elle le bon montant, la bonne date, la bonne référence. C'est binaire, donc fiable, et cela couvre déjà une grande partie des régressions graves.

Le deuxième fait juger la réponse par un autre modèle, sur des critères écrits. C'est utile pour détecter une dérive de ton ou une réponse hors sujet, mais cela ne remplace pas le troisième : une relecture humaine périodique sur un échantillon, qui reste le seul juge dont la mesure fait autorité.

L'erreur classique : n'évaluer qu'à la livraison

Une évaluation faite une fois, à la recette, mesure l'état du système le jour de la recette. Elle ne dit rien de son état trois mois plus tard. Or c'est précisément à ce moment que les décisions se prennent, renouveler, étendre, arrêter.

Ce que ça coûte, et ce que ça évite

Constituer un premier jeu de tests demande environ deux jours de travail métier. L'automatiser en demande un ou deux de plus.

En face, cela permet de changer de modèle en connaissance de cause plutôt qu'à l'aveugle, un exercice qui revient plusieurs fois par an, et de répondre par des chiffres à la question qui décide du renouvellement du budget. Je considère aujourd'hui qu'un système sans évaluation continue n'est pas en production : il est en démonstration prolongée.

Ce que le jeu de tests permet de décider, concrètement

Quatre décisions qui prenaient des semaines se prennent en deux heures : changer de modèle, descendre de palier, modifier le prompt, arbitrer entre récupération et fenêtre longue. C'est ce qui justifie la journée d'investissement.

Ces quatre décisions reviennent en permanence sur un système en exploitation, à raison de plusieurs fois par an chacune.

Une équipe qui les traite en deux heures avance ; une équipe qui les traite en réunion recule, parce que la discussion se conclut au grade plutôt qu'aux chiffres. Le protocole de bascule est détaillé dans choisir le palier, pas le modèle.

La règle unique qui maintient le jeu vivant

Toute réponse fausse signalée devient une ligne du jeu de tests, le jour même, sans analyse ni réunion. C'est la seule discipline nécessaire, et elle suffit.

Deux effets en découlent. Le jeu grossit exactement là où le système est faible, ce qui est la seule croissance utile. Et il devient impossible de réintroduire une erreur déjà corrigée, ce qui est le bénéfice le plus sous-estimé.

J'ajoute une limite haute : au-delà de cent cinquante cas, le jeu devient long à relancer et cesse d'être utilisé. Il faut alors le scinder par famille de tâches, comme décrit dans construire un jeu de tests en une journée.

L'objection qu'on entend toujours

« Nos réponses ne sont pas vérifiables automatiquement » confond vérification automatique et vérification rapide. L'objection est fausse dans la quasi-totalité des cas.

Beaucoup de réponses ne se comparent pas caractère par caractère. Presque toutes se vérifient en dix secondes par quelqu'un qui connaît le domaine. Trente cas relus en cinq minutes constituent un jeu parfaitement exploitable.

L'intermédiaire utile consiste à vérifier automatiquement ce qui l'est, le document cité, la présence d'un chiffre, l'absence de refus, et à relire le reste. Le suivi dans le temps se construit comme décrit dans ce qui occupe l'équipe la deuxième année.

Questions fréquentes

Pourquoi un système d'IA ne tombe-t-il pas en panne ?

Parce qu'il ne renvoie pas d'erreur quand il se trompe : il produit une réponse cohérente et fausse. La dégradation n'est donc pas détectée, elle est seulement ressentie par les utilisateurs.

Combien de cas faut-il ?

Trente suffisent pour décider, dont un tiers de cas limites issus d'échecs réels. Au-delà de cent cinquante, le jeu devient long à relancer et cesse d'être utilisé.

Comment maintenir le jeu dans le temps ?

Par une règle unique : toute réponse fausse signalée devient une ligne, le jour même. Le jeu grossit là où le système est faible et une erreur corrigée ne peut plus réapparaître.

Et si les réponses ne sont pas vérifiables automatiquement ?

Elles sont presque toujours vérifiables rapidement : trente cas relus en cinq minutes par quelqu'un du domaine constituent un jeu parfaitement exploitable.