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Je pensais venir créer des agents

Par Docteur en intelligence artificielle · Conseil, conception de systèmes et formation

TerrainCadrageMéthodeMission9 juillet 202610 min

On m'appelle pour construire des agents. Je passe la mission sur le corpus, le propriétaire et le périmètre. C'est le cas général, pas l'exception.

L'écart entre la demande et le blocage

Une organisation appelle pour un sujet technique et bute sur autre chose, presque toujours. Ce n'est pas un défaut de formulation de sa part : elle décrit ce qu'elle voit, et le blocage est ailleurs.

La demande arrive sous une forme précise : construire des agents, brancher un modèle sur un progiciel, améliorer les réponses d'un assistant existant. Elle est légitime et elle est le symptôme.

Sur les missions que j'ai menées, le temps se répartit rarement comme prévu. La part technique est réelle et minoritaire. L'essentiel va au corpus, à la désignation d'un propriétaire et à la définition du périmètre.

Écart entre le sujet de la mission et le blocage réel
Le sujet de l'appel est un symptôme ; le blocage est en amont.

Ce que je trouve, dans l'ordre de fréquence

Un corpus dont personne ne sait dire quelle version fait autorité, aucun propriétaire métier nommé, et un périmètre jamais écrit. Ces trois-là couvrent la quasi-totalité des cas.

Le corpus vient en premier. Trois versions d'une procédure, aucune date lisible, et la personne qui savait est partie. Aucun modèle ne tranche à la place d'une organisation, et le sujet est développé dans le corpus est le projet.

Le propriétaire ensuite. L'équipe technique construit, présente, et découvre au déploiement qu'un responsable métier refuse de répondre des actions du système. Le refus est légitime : il n'a pas participé à la définition du périmètre.

Le périmètre enfin. Personne n'a écrit ce que le système ne fera pas, ni ce qu'il répond quand il ne sait pas. C'est le point qui arrête le plus de projets d'agents, comme détaillé dans agents en entreprise : où s'arrêtent les projets.

Le diagnostic, en une journée

  • Cinq mauvaises réponses réelles, et pour chacune : l'information correcte figurait-elle dans ce qui a été fourni au modèle ?
  • Trois questions sur le corpus : combien de documents, de quand, et qui sait dire lesquels font autorité.
  • Une question sur le périmètre : que répond le système quand il ne sait pas, et qui l'a décidé.
  • Une question sur la propriété : qui accepte de répondre des actions du système. Voir reprendre un système d'IA construit par quelqu'un d'autre.

Comment le dire sans braquer

Annoncer que le sujet n'est pas celui de la commande demande de la forme, et la meilleure est de le faire constater plutôt que de l'affirmer. C'est ce que permet le diagnostic sur cinq cas réels.

La méthode qui fonctionne consiste à faire l'exercice avec l'équipe, pas devant elle. On prend cinq mauvaises réponses signalées, on ouvre les journaux, et on regarde ensemble si l'information nécessaire y était.

Dans la quasi-totalité des cas, elle n'y était pas. La conclusion s'impose d'elle-même, et elle vient de l'équipe.

Ce déplacement change tout dans la relation. Une équipe à qui l'on annonce qu'elle s'est trompée de sujet se défend ; une équipe qui le constate sur ses propres données passe à la suite en une heure.

Ce que ça implique pour la proposition commerciale

Une mission vendue sur un livrable technique et passée sur le corpus se termine mal, même quand le résultat est bon. Il faut le dire avant de contracter.

Le risque est réel : le commanditaire a acheté des agents, il reçoit un corpus mis en ordre et un périmètre écrit, et il a le sentiment de ne pas avoir eu ce qu'il a payé, alors même que le système fonctionne mieux.

La formulation que j'utilise désormais annonce la séquence : un temps de diagnostic court, dont le résultat peut déplacer le sujet, puis la construction. Le commanditaire accepte ou non, et il sait à quoi s'attendre.

Cette franchise coûte quelques missions et évite les fins de mission difficiles. Elle rejoint ce que j'écris sur ce qu'un tarif élevé achète réellement dans ce qu'un TJM élevé achète réellement.

La vérification qui prend dix minutes et oriente toute la mission

Sur cinq mauvaises réponses réelles, l'information correcte figurait-elle dans les extraits fournis au modèle ? Si elle n'y était pas, le sujet est en amont, et aucun travail sur le prompt ou le modèle n'y changera rien.

Ce que ça change pour l'organisation, au-delà du projet

Le travail sur le corpus profite à tout le monde, indépendamment du système construit. C'est l'argument qui fait accepter le déplacement de sujet.

Désigner les versions qui font autorité, retirer les documents périmés, porter les dates dans les métadonnées : ces gestes améliorent le travail de tous ceux qui cherchent une information, avec ou sans assistant.

De même, écrire le périmètre d'un système oblige à formuler qui décide quoi, ce qui révèle régulièrement des zones grises antérieures au projet.

Une mission qui déplace le sujet ne livre donc pas moins que prévu : elle livre autre chose, souvent plus durable, et c'est ce qu'il faut savoir expliquer au moment du bilan.

Questions fréquentes

Pourquoi la demande ne correspond-elle pas au blocage ?

Parce que l'organisation décrit ce qu'elle voit, et que le blocage est en amont : le corpus, l'absence de propriétaire métier, ou un périmètre jamais écrit.

Comment le diagnostiquer rapidement ?

En prenant cinq mauvaises réponses réelles et en vérifiant, pour chacune, si l'information correcte figurait dans les extraits fournis au modèle. Dix minutes suffisent.

Comment l'annoncer sans braquer ?

En faisant l'exercice avec l'équipe plutôt que devant elle. La conclusion vient d'eux, sur leurs propres données, et elle est acceptée en une heure.

Que faut-il dire avant de contracter ?

Que la mission commence par un diagnostic court dont le résultat peut déplacer le sujet. Une mission vendue sur un livrable technique et passée sur le corpus se termine mal, même réussie.

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